Jean-Louis Kayembe: « Le franc congolais va être stabilisé… »

Jean-Louis Kayembe: « Le franc congolais va être stabilisé… »

juillet 30, 2020 0 Par redaction

Samedi dernier, dans le cadre de son émission « Le grand débat » sur Top Congo fm, Christian Lusakueno, son directeur général, a réuni autour de la table Jean-Louis Kayembe wa Kayembe, directeur général de la Banque centrale du Congo en charge de la politique monétaire et opérations bancaires; Marcellin Bilomba, conseiller principal du chef de l’Etat en matière économique; et Leny Ilondo de la Fec (Fédération des entreprises du Congo). Il s’est fait assister de son confrère, Eric Tshikuma, directeur général de zoom-eco. A l’ordre du jour, la descente aux enfers du franc congolais et comment arrêter cette chute libre.

«Il faudra un peu de temps pour stopper la dépréciation du franc congolais»
Pour Jean-Louis Kayembe, plus rassurant, le franc congolais va retrouver sa stabilité sur le marché de change. Mais il faudra encore un peu de temps pour que les mesures qui sont mises en œuvre parviennent à stopper cette dépréciation: « Nous avons maîtrisé la demande, nous allons conforter l’offre de devises. Nous pensons que dans les meilleurs délais, le taux devrait être stabilisé. Comme nous l’avons fait en 2017, nous allons stabiliser le franc congolais avec le concours de tout le monde. Nous en appelons à la responsabilité collective. La crise est mondiale, et les efforts de stabilisation doivent provenir de chaque acteur de l’économie nationale: l’Etat, secteur privé et la Banque centrale du Congo.
Pour conforter la mise en œuvre des mesures prises par la Banque centrale pour stabiliser la monnaie nationale, le gouvernement devrait ainsi poursuivre et renforcer l’ajustement budgétaire qui l’oblige à collecter un peu plus, à réduire le train de vie des institutions et à respecter le dispositif sur base caisse pour éviter tout déficit entrainant le financement monétaire.
Kayembe insiste en ce qui concerne le secteur privé: « il faut éviter les spéculations outrancières. On spécule trop sur le taux de change. Les cambistes veulent profiter sur les spread (la différence entre le prix de l’offre et de la demande d’une monnaie) et il y a une certaine bulle spéculative. Arrêtez cette bulle spéculative parce que la Banque centrale est en train de maitriser les fondamentaux. »
Cet avis du directeur général de la Bcc n’est pas partagé par Leny Ilondo de Fec. Pour lui, le secteur privé ne se livre pas à la spéculation mais, à la limite, il fait de l’anticipation. Ce ne sont pas les entreprises qui contribuent à la dépréciation du taux de change, mais l’Etat congolais: « C’est l’exécutif et la Banque centrale avec les opérations que vous effectuez avec les banques. Raison pour laquelle nous disons qu’il faut un changement de gouvernance chez vous, il faut la rigueur tant pour la Bcc que l’exécutif national ».
Qu’à cela ne tienne, Jean-Louis Kayembe reste convaincu que pour gagner ce pari, il faut l’apport de toutes les parties prenantes comme cela a été le cas en 2017 lorsque la monnaie nationale, avant d’être stabilisée, a connu une dépréciation de 54% par rapport au dollar américain. « Le problème actuel est conjoncturel. En 2018, malgré le financement des élections sur fonds propres, le taux d’inflation n’a pas explosé. En 2019 aussi, le franc congolais a été stabilisé. En 2020, jusqu’au mois de mars, le cadre macroéconomique était stable. C’est la crise sanitaire liée à la maladie à coronavirus qui cause la dépréciation du franc congolais ».
Selon Kayembe, la crise économique actuelle est planétaire. Le commerce a baissé entre 13% et 32%. Étant donné que l’économie congolaise est extravertie, quoi de plus normal qu’elle soit affectée par la crise internationale: « Il n’y a pas que le franc congolais qui connait une dépréciation. La monnaie zambienne en a connue de 15%, la monnaie sud-africaine en a connu jusqu’à 14% et la monnaie nigériane entre 20% et 30%. Plusieurs autres monnaies aussi. Nous ne sommes pas la seule à avoir connu cette situation ».
Parmi les causes ayant conduit à la dépréciation de la monnaie congolaise, il a épinglé le déficit des devises sur le marché de change. Les devises que consomme le pays viennent des exportations qui, elles, sont aussi en baisse. Des transferts d’argent ont diminué, des investissements directs étrangers sont également en baisse. Aussi, les banques n’ont pas suffisamment exporté de devises: « Les banques du monde entier luttent pour atténuer le choc de la crise. Et nous y arriverons. En 2017, la dépréciation avait atteint 54%. On nous promettait le pire, mais nous avons réussi à stabiliser la monnaie nationale. Nous sommes entrain d’augmenter l’offre de la devise sur le marché. Nous avons vendu 25 millions de dollars américains », a précisé Jean-Louis Kayembe.

La Bcc n’a pas pris des mesures exceptionnelles
Marcelin Bilomba rejette cet optimisme de Kayembe, estimant que la Banque centrale du Congo a manqué l’occasion de stabiliser la monnaie: « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. La Bcc n’a pas pris ces mesures. A l’heure actuelle, il faut des solutions novatrices ».