Leadership-gouvernance: le passage obligé

Leadership-gouvernance: le passage obligé

août 30, 2020 0 Par redaction

I.- Leadership
Au mois de mai 2020, Augustin Matata Ponyo « Mapon », ancien premier ministre, ancien ministre des Finances et, aujourd’hui, sénateur, a fait une déclaration à la plénière du sénat sur un sujet qui conditionne la sortie de notre pays de la spirale du sous-développement: « l’émergence par le leadership et la gouvernance ».
L’ancien directeur général de la Bceco (Bureau centrale de coordination) tire son expérience de toutes ces années passées à la tête des institutions ci-haut évoquées pour relever le caractère incontournable de ce binôme dans le progrès de l’humanité.
En attendant de revenir sur les malédictions des ressources naturelles, nous nous penchons sur cette matière « leadership et gouvernance » grâce auxquels tous Comprendre le leadership
Le leadership est un anglicisme qui définit la capacité d’un individu à mener ou à conduire d’autres individus ou organisations dans le but d’atteindre certains objectifs. Mieux, c’est un processus par lequel une personne, appelée leader, influence et mobilise les autres ou la société pour atteindre un but précis. Mais, d’où vient le leader?

Comment devient-on leader?
Bien que l’inné puisse constituer un déterminant de taille, mais seulement pour quelques personnes chanceuses qui sont des cas exceptionnels (des surdoués dirait-on et pour lesquels l’affirmation de Corneille dans le Cid « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », peut être employés à propos), quel que soit le domaine, le leadership relève plutôt essentiellement de l’acquis ;l’on peut donc « fabriquer des leaders » ou « construire du leadership », en investissant suffisamment sur l’homme.
A ce sujet, Vince Lombardi affirme: « les leaders ne sont pas nés, ils sont faits comme tout le reste, à travers le labeur »! En effet, dit l’un des commentateurs de cette vérité, s’il est vrai que certains possèdent un leadership naturel, les autres peuvent très bien conquérir le leur en y travaillant.

Quel type de leadership?
Quel type de leadership faut-il pour parvenir à l’émergence ou au développement? Leadership autocratique (autoritaire) ou démocratique? Leadership participatif ou leadership paternaliste? Leadership transactionnel ou leadership transformationnel? D’une manière générale, il est considéré que le temps du leadership autocratique et paternaliste est révolu au profit du leadership transformationnel, où l’art de négocier, communiquer et entreprendre ainsi que le sens stratégique sont mis en avant pour mobiliser et maintenir pendant longtemps le groupe ou les institutions sur la trajectoire du progrès.
Cependant, au regard des pesanteurs et contraires de toute nature qui peuvent bloquer la mise en œuvre de la vision du leader, une certaine dose d’autoritarisme pourrait être utile à ses différentes étapes pour libérer le processus, redonner l’élan et maintenir la pression nécessaire sur le processus. Le leadership renvoie donc à la vision du dirigeant, aux atouts dont il dispose, à la stratégie qu’il met en place pour mobiliser les autres et les outils pour matérialiser sa vision, avec une capacité de naviguer à contre-courant pour faire face aux écueils qui peuvent jalonner son parcours vers l’atteinte de ses résultats.
Ainsi, le leader serait celui qui inspire et convainc les autres, attire et entraîne. Il aime les personnes et s’entoure de talents qu’il sait valoriser. Il propose de ses objectifs ambitieux, mais il sait laisser les collaborateurs doués ou les unités opérationnelles élaborer des stratégies. Il dirige par la vision, les challengers et cherche à maintenir l’enthousiasme. Il connaît les leviers de la motivation et de l’engagement et sait mettre en œuvre des systèmes de reconnaissance et de récompense. L’élément-clé de sa stratégie est le recrutement, le développement des ressources humaines, des compétences et des talents. Tout ceci devant être soutenu par une vision claire du leader.

La vision, les méthodes et les techniques
Le leader doit disposer d’une vision ou d’un rêve capable de mobiliser l’ensemble de son groupe. La vision est cette capacité de se projeter dans l’avenir, de voir ce que les autres ne voient pas, d’anticiper les événements devant subvenir dans le futur et de prendre des dispositions qui s’imposent.
Pour raison d’efficacité, la vision devra être circonscrite en objectifs globaux, eux-mêmes déduits en objectifs intermédiaires afin de permettre sa matérialisation.
Au regard de la complexité et du temps relativement long que requiert l’atteinte des objectifs ainsi définis, il faut de la méthode, mot d’origine grecque, signifie « chemin », celui tracé d’avance et qui conduit au résultat recherché. En d’autres mots, la méthode peut être comprise comme l’ensemble des démarches raisonnées suivies pour parvenir à un but.
Donc, le leader doit travailler de manière cohérente et réfléchie pour que son action – travail ou activité – aboutisse à des résultats escomptés tels que voulus par l’ensemble du groupe ou de la communauté. La chance est donc un mot à exclure dans l’univers du leadership.
La technique, quant à elle, peut être comprise comme l’ensemble de procédés employés pour produire une œuvre ou obtenir un résultat déterminé. Autrement dit, la technique est l’ensemble des règles, méthodes ou protocoles employé comme moyen pour arriver à une fin.
Il s’agit d’une façon d’agir ou d’un ensemble d’actions. D’habitude, la technique requiert le recours à des outils, stratégies, et savoirs assez variés pouvant être aussi bien physiques qu’intellectuels.
Bref, c’est du savoir-faire auquel recourt le leader pour matérialiser de manière efficace et efficiente sa vision.

Les qualités d’un leader
Au final, le profil-type du leader éclairé contemporain devrait correspondre en pratique à des qualités successives et indéniables ci-après: pensée stratégique, capacité cognitive d’abstraction et agilité mentale, capacité de prise de risque et de saisie d’opportunités, créativité technique et organisationnelle, adaptabilité personnelle avec capacité à apprendre empiriquement et à justifier son action, capacité à identifier, attirer et retenir des personnalités disposant de talents singuliers.
Ainsi, compétence, persévérance, sacrifice, intégrité, courage, dévouement, constance, ordre, loyauté, autodiscipline, discipline, rigueur, esprit de décision, constance et charisme constituent des qualités nécessaires à l’exercice du leadership.
L’ensemble de ces qualités détermine ce que l’on considère comme « leadership éclairé », leadership capable de porter une grande vision au profit de la majorité et de la mettre en œuvre de manière durable quelle que soit la nature des obstacles.

II.- De la gouvernance
Le leadership éclairé suffit-il pour matérialiser la vision ou le rêve partagé par le groupe? Non, il faut, en plus, une gouvernance de qualité qui apparaît comme l’ingrédient indispensable pour dynamiser et optimiser le processus.

Comprendre la gouvernance
Le mot gouvernance vient du grec « kobernan » qui signifie « gouverner » un bateau ou un char. Mais, dans son entendement moderne, la gouvernance désigne l’ensemble des mesures, des règles, des organes de décision, d’information et de surveillance qui permettent d’assurer le bon fonctionnement et le contrôle d’un Etat, d’une institution ou d’une organisation, qu’elle soit publique ou privée, régionale ou internationale.
Pour la Banque mondiale, la bonne gouvernance est la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources économiques et sociales consacrées au développement. L’intérêt que porte la Banque mondiale à la gouvernance découle de son souci d’assurer la viabilité des projets qu’elle finance. La Banque conclut que le développement durable suppose l’existence d’un cadre transparent et fiable de règles et d’institutions pour la conduite des affaires publiques et privées.
En effet, l’aspect essentiel de la bonne gouvernance réside dans une action gouvernementale prévisible, transparente et éclairée, dotée d’une bureaucratie imbue d’éthique professionnelle et d’un exécutif comptable de ses actions. Selon cette institution, l’inclusion de la bonne gouvernance traduit l’idée généralement acceptée que la qualité de la gouvernance influe sur les perspectives de croissance.
Pour la Banque asiatique du développement, la bonne gouvernance est la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources nationales économiques et sociales consacrées au développement.

Quel type de gouvernance faut-il?
La gouvernance peut être politique, économique, sécuritaire, juridique et judiciaire ainsi que social.
La gouvernance politique recommande que les institutions politiques ainsi que leurs dirigeants soient l’émanation de la volonté du peuple. Les élus et les organisations ayant un mandat public doivent rendre compte des actions spécifiques au public dont ils dérivent leur autorité. Dans ce cadre, la politique du gouvernement doit être connue de tous et l’administration doit agir de façon à ce qu’on ait confiance dans ses intentions.
Du point de vue économique, la bonne gouvernance implique une gestion efficace de toutes les ressources financières, naturelles et autres dans les secteurs public et privé. Autant la bonne gouvernance explique le succès de toutes les entreprises privées connues mondialement, autant la mauvaise gouvernance est à la base de la faillite de beaucoup d’autres, quelle que soit leur prospérité antérieure. Il en est de même dans le secteur public. La gestion optimale des finances publiques est de nature à garantir un cadre macroéconomique adéquat et de promouvoir des infrastructures de qualité, gage d’un développement durable des secteurs public et privé.
En effet, les décisions d’investissement du secteur privé dépendent de la connaissance qu’a le public des choix d’orientations de l’Etat et de la confiance dans les intentions du gouvernement, ainsi que des informations fournies par celui-ci, sur la situation de l’économie et du marché. La transparence des prises de décisions, en particulier et celles qui concernent le budget, la règlementation et la passation des marchés, est également d’une importance cruciale pour assurer l’utilisation efficace des ressources et réduire la corruption et le gaspillage.
La gouvernance sécuri-taire permet quant à elle de garantir la paix et la sécurité sans lesquelles il est impossible d’imaginer la mise en œuvre d’un programme économique de manière durable. En effet, l’insécurité créée par des guerres à répétition, des incursions intempestives des groupes armés, des marches, soulèvement et protestations de la population parfois avec le pillage ou destruction des investissements privés constituent des facteurs de blocage à la mise en œuvre des projets d’envergure portés par une grande vision.
De ce fait, il est important de disposer d’une armée forte, d’une police efficace, des services d’intelligence républicains et de tous les services étatiques d’ordre public capables de promouvoir un climat de confiance favorable aux activités économiques.
Du point de vue juridique et judiciaire, la bonne gouvernance permet aux entreprises et particuliers d’évaluer les opportunités économiques et d’agir en conséquence sans craindre des ingérences arbitraires ou l’expropriation.
Pour cela, il faut que les règles soient connues à l’avance, qu’elles soient en vigueur et appliquées de manière systématique et équitable. Il faut aussi que les différends soient résolus par un système judiciaire indépendant, qu’il existe des procédures, connues du public, pour modifier ou abroger les règles. Bref, il faut une justice capable d’élever la nation.
Enfin, la bonne gouver-nance dans le secteur social se réfère à l’ensemble des dispositions prises par le gouvernement pour préserver l’équilibre social en faveur notamment des classes défavorisées. On parle alors de l’inclusivité de la croissance économique, celle qui permet le ruissèlement des richesses dans l’ensemble de différentes couches de la population afin d’éviter la fracture sociale. L’implication et la participation de la société civile dans le processus de formulation et de mise en œuvre des politiques publiques constituent un des éléments clés de la gouvernance sociale.

Comment évalue-t-on la gouvernance?
Il existe plusieurs méthodes permettant d’évaluer la gouvernance publique et beaucoup de structures s’y emploient sur plan international et à des intervalles réguliers. Les plus en vue demeurent les indices de la Banque mondiale, de la Bad et de Transparency international ainsi que l’indice Mo Ibrahim qui prennent en compte l’analyse plus générale de la performance des politiques publiques.
Il faut signaler également un nouvel instrument, l’indice de qualité institutionnelle (iqi), élaboré par moi-même.
Celui-ci intègre notamment des préoccupations très spécifiques comme la stabilité institutionnelle, le risque-pays et la puissance de l’Etat. L’un des éléments les plus examinés dans l’évaluation de la gouvernance est la corruption.
Elle est néfaste à la croissance économique et prend la forme d’une taxation implicite sur le capital investi; en effet, la corruption en réduit la productivité et l’efficacité.
Certaines évaluations courantes chiffrant l’élasticité de la croissance à l’investissement sont de 1/3.
En effet, lorsque le degré de la corruption recule d’un écart-type, le niveau de l’investissement augmente de 2,5%, et le taux de croissance économique augmente de 0,34 %.
Selon l’indice de Transpa-rency international qui table sur la perception de la corruption au niveau mondial, notre pays est classé 161ème sur 180 en 2018.
En ce qui concerne le classement Doing business de la Banque mondiale (2020), la Rdc est classée 183ème sur 190 dans le monde et 49ème sur 54 en Afrique. Donc, la mise en œuvre d’une politique économique efficace exige la réduction drastique de la grande « corruption » et la « petite corruption ».
Ainsi, dans la gestion publique, comme du reste dans la gestion privée, la véritable conscience des responsabilités s’apprécie par la lutte contre la corruption et l’option pour une gouvernance efficace et efficiente, qui se démarque aux fins des résultats et qui apporte donc des solutions aux problèmes existentiels pour le progrès qualitatif de l’ensemble des personnes concernées dans l’espace géré.
En effet, si une bonne gouvernance favorise l’atteinte de résultats positifs, le contraire est aussi vrai. Une mauvaise gouver-nance peut donc nuire à cet ensemble et à ses résultats, sans oublier la perte de crédibilité et la mauvaise réputation qui s’ensuivent. La crédibilité, la confiance, et la bonne réputation sont plutôt des valeurs précieuses qui nécessitent d’être préservées à tous de niveaux de gestion.

La confiance: un des éléments clés de la gouvernance

Comme le dit d’ailleurs le Prix Nobel Kenneth Arrow, les relations économiques et les différentes formes de transaction comportent un élément de confiance… on peut également avancer qu’une grande part du retard économique constaté dans le monde peut s’expliquer par un manque de confiance.
Le développement économique exige une confiance en ses capacités personnelles, en celles d’autrui, mais également dans la raison et la science. La confiance en soi est nécessaire pour la prise de risque, fondée sur le jugement individuel, alors que la confiance en autrui est utile à la faculté de délégation, de décentralisation, bref à une relation d’agence bien consentie.
Il n’est donc pas possible d’entreprendre des réformes d’envergure dans un contexte d’économie de défiance, lorsque les comportements généralisés de corruption observés laissent sur le bas-côté du développement de la croissance économique, des millions de ménages déshérités sans moyens de survie.
Réformer impose, de ce fait, le retour de la confiance, c’est-à-dire la croyance que les accords ou les promesses seront tenues entre les différents groupes d’intérêts.
A titre d’exemple, Robert Putnam justifie, en partie, le développement plus avancé de l’Italie du Nord par rapport à celle du sud au début des années 1990 par le degré de confiance élevé entre les citoyens du nord qui leur donne la confiance d’appartenance interindividuelle à une communauté de culture civique et de destin commun.
Dans la même perspective, Fukuyama indique que la capacité d’une nation à développer des institutions qui la rendent puissante et performante dépende de l’aptitude à la confiance de sa population.
En définitive, l’intégration et l’application des exigences de gouvernance est un des atouts du progrès d’une organisation, qu’elle soit publique ou privée.
Il faut donc, grâce à un leadership approprié, viser une gouvernance qui se démarque et qui est reconnue pour son efficacité, son indépendance et la rigueur de son contrôle: c’est « la gouvernance de qualité ».
(A suivre)